Un problème toujours actuel.2003 :le prétexte invoqué pour l’écrasement de l’Irak était faux.
Le 18 septembre 2004, reprenant des information révélées par le New York Times,
la presse annonça que les inspecteurs américains en Irak avaient « fait chou blanc », c’est-à-dire qu’ils n’avaient découvert aucun stock d’armes de destruction massive (AMD) (voir article).
L’information n’a surpris personne,car il était bien évident que si des arsenaux conséquents avaient existé, ils auraient été découverts depuis longtemps.
Or, rien n’avait été trouvé ; rien, jamais (voir document, voir la couverture
du livre de H. Blix):
Je reviendrai plus tard sur cette manipulation de l’opinion qu’a été la propagande orchestrée autour des AMD ; son analyse reste très intéressante.
Pour le moment, je me contenterai de relever une phrase parue dans
La Dernière Heure à propos de cette affaire :
"[…] les inspections menées par les Nations unies auraient sans doute permis
de confirmer l’absence d’ADM. Encore aurait-il fallu que les Etats-Unis acceptent
de donner du temps aux inspecteurs,au lieu de brûler les étapes pour en découdre coûte que coûteé. ( Voy.
La Dernière Heure, 18-19 septembre 2004, p.11).
C’est affirmation justifiée est très grave, car « brûler les étapes »
(qui pourraient permettre de sauvegarder la paix)
« pour en découdre coûte que coûte » n’est ni plus ni moins se rendre
coupable qu’un « crime contre la paix ».
Un réflexe acquis depuis Nuremberg.
L’écrasante culpabilité anglaise...
Mais c’est là qu’intervient le problème. Car pour une majorité de nos contemporains, accuser brutalement l’Amérique de « crimes contre la paix » est aussi impossible qu’affirmer la rondeur d’un carré. Dans leur esprit, seuls les « méchants » (comprenez : les « nazis » et leur engeance : S. Milosevic, S. Hussein…)
peuvent être accusés de « crimes contre la paix », de « crimes de guerre »
et de « crimes contre l’humanité ». Pourquoi ? Parce qu’il en est ainsi à la racine.
En faisant uniquement comparaître,à Nuremberg et à Tokyo, des Allemands
et des Japonais, les fondateurs de cette (in)justice universelle ont implicitement déclaré que seuls les « méchants vaincus » pouvaient être accusés, jugés
et condamnés (pour plus d’informations, lire : « Les effroyables conséquences
du procès de Nuremberg » et « L’éternel deux-poids-deux-mesures appliqués
par les « bons » à la solde de Big Brother »).
Les autres, les « bons vainqueurs » étaient intouchables,au motif qu’ils avaient
agi en état de légitime défense, pour protéger la « civilisation » menacée.
Voilà pourquoi à longueur d’année, on ressasse aux peuples la thèse officielle
des « gentilles démocraties » amoureuses de la paix et gardiennes
de la « civilisation » mais toujours contraintes de prendre les armes pour
la défense de celle-ci.
Les deux piliers de la thèse : 1914 et 1939 Cette thèse repose sur deux piliers principaux :
-
1914 (la marche contre l’ogre Prussien) et, surtout,
-
1939 (la levée en masse contre Hitler qui voulait conquérir le monde
pour y semer les ténèbres et la mort).
Pour 1914, il faut se rappeler par exemple la fameuse réponse collective
aux offres de paix négociée allemandes, réponse donnée le 30 décembre 1916
par la France, la Belgique, l’Angleterre, la Russie, la Roumanie, l’Italie,
la Serbie et le Japon. D’une seule voix, tous ces pays déclaraient :
"Les nations alliées subissent depuis trente mois une guerre qu’elles ont tout fait
pour éviter. Elles l’ont démontré par des actes d’attachement à la paix.
Cet attachement est aussi ferme aujourd’hui qu’en 1914 :
après la violation de ses engagements, ce n’est pas sur la parole de l’Allemagne
que la paix, rompue par elle, peut être fondée". (Voy. L’Image de la guerre, n° 115, janvier 1917, p. 7.
En France, il faudra attendre 1937 et la parution du fantastique ouvrage
d’Henri Pozzi,
Les Coupables,pour que justice soit faite de ces allégations
totalement infondées (Voy. H. Pozzi,
Les Coupables. La vérité sur les responsabilités de la guerre et les dessous de la paix. Documents officiels secrets, Aux Éditions Européennes, 1937).
Mais malgré cela, la propagande continue).
Pour 1939, les exemples sont si nombreux que je me contenterai de citer
le plus récent [2004] : à la faveur des commémorations du soixantième
anniversaire de la « Libération », le bulletin de la ville de Boën (Loire)
a publié un « rappel historique » qui commence ainsi :
"En 1933, après des élections, Adolf Hitler a pris le pouvoir en Allemagne
pour préparer son pays à la revanche de la défaite de 1914-1918,
pour conquérir l’Europe et exterminer des peuples entiers".L’argument suprême : Hussein = Hitler
Telle est la raison pour laquelle, tout comme S. Milosevic, Saddam Hussein
a été comparé à Hitler (voir document). Durant l’été 2003, par exemple,
à l’heure où les bellicistes s’activaient, l’éditorialiste d’un magazine américain
se fit l’écho des rumeurs délirantes et écrivit :
Notez cette déclaration du Secrétaire Powell aux N.U. :
« Une source dit que 1 600 morts parmi des prisonniers [en Irak] furent
transférés en 1995 dans une unité spéciale pour des expériences
[pour perfectionner les armes biologiques et chimiques de l’Irak].
Un témoin oculaire vit des prisonniers attachés sur des lits, des expériences
furent faites sur eux, du sang suintait autour de la bouche des victimes
et des autopsies furent pratiquées pour confirmer les effets sur les prisonniers. L’inhumanité de Saddam n’a pas de limite. »
( Voy.
La Trompette Philadelphienne, été 2003, p. 1).
Ceci est similaire à la décennie des années 1930.
Adolf Hitler monta au pouvoir mais personne ne voulait croire les rapports
sur la façon dont il persécutait les juifs et les dirigeants de l’opposition.
En agissant ainsi, les propagandistes savaient qu’ils allaient provoquer au sein
des masses des réflexes pavloviens : Hussein c’est Hitler, or, Hitler dû être
éliminé parce que c’était un tyran sanguinaire qui menaçait la paix du monde,
donc Hussein doit être éliminé et celui qui l’éliminera agira nécessairement
en état de légitime défense.
Sans surprise, cette propagande a fonctionné. En mars 2003, à l’heure
où la destruction définitive de l’Irak commençait, un vétéran US d’Afghanistan considéra que :
« messagères d’une juste cause », les troupes [avaient] été envoyées
pour sauver l’Occident d’un ennemi implacable décidé à détruire .
(Voy.
Le Figaro, 23 août 2004, p. 3).
Et aujourd’hui, il semble toujours y croire, puisque, avec un autre, il a fondé
le mouvement Move America Forward (Faisons avancer l’Amérique)
et créé un site Internet (Moveon.org) destinés à défendre la politique
extérieure américaine.
Une mythe qu’il faut attaquer à la racine.
C’est ce mythe des démocraties acculées à la guerre par un agresseur injuste
qu’il convient de combattre. Et comme toujours, le mieux est d’agir à la racine.
Dans les semaines qui viendront, avec la publication du rapport des experts
américains en Irak, les masses seront peut-être troublées :
« La plus grande démocratie du monde s’est-elle vraiment rendue coupable
d’un crime contre la paix ? » se diront-elles. Alors, elles tenteront de trouver
des excuses pour ne pas formuler une conclusion qui remettrait en cause
toutes leurs certitudes. Certains diront : « Ce n’est pas l’Amérique démocratique, c’est Bush », d’autre soupireront : « Certes, dans cette affaire, ils se sont trompés, mais cela peut arriver à tout le monde », les derniers lanceront :
« Ce n’est pas possible ; l’Histoire nous enseigne que les démocraties n’agissent jamais ainsi. » C’est précisément là que nous devront intervenir :
pour démontrer que G. W. Bush n’est pas un cas à part et que les démocraties
n’ont jamais hésité à provoquer des guerre lorsque leurs intérêts l’exigeaient.
Le meilleur exemple est fourni par les événements qui sont survenus
fin août-début septembre 1939.
La crise germano-polonaise en août 1939.
Rappelons que,datant de 1919, la crise germano-polonaise s’était
considérablement aggravée en août 1939. A cette époque, en effet,
Hitler était parvenu à se débarrasser des principales « chaînes de Versailles ».
Seul restait, au chapitre extérieur, le problème de Dantzig et du Corridor,
un problème que le Chancelier était fermement décidé à résoudre.
(Restait également le problème des colonies perdues en 1918,
mais Hitler avait affirmé qu’il saurait attendre).
Les seize propositions de Hitler pour la résoudre la crise. Le 29 août, lassé des tergiversations polonaises,il exigea qu’un plénipotentiaire polonais vienne avant le lendemain minuit pour signer un accord de résolution.
Cet accord se fondait sur seize propositions que Hitler avait rédigées.
S’agissait-il, pour la Pologne de signer un arrêt de mort ? Nullement.
Dans ses souvenirs, le traducteur qui assistait Hitler lors de ses conversations
avec des étrangers écrit :
"En les lisant [les 16 propositions], je n’en crus pas mes yeux […].
Lesdites propositions s’inspiraient d’un esprit qui avait peu de points commun
avec les méthodes nationale-socialistes et les idées émises par Hitler,
au cours des innombrables entretiens précédents.
C’était vraiment un projet portant la marque de Genève.
(voir le document : page 217 et page 218)
(Voy. Paul Schmidt,
Sur la scène internationale. Ma figuration auprès de Hitler.
1933-1945 (éd. Plon, 1950), pp. 217-8.
Voici, brièvement résumés, les principaux points : 1°) Retour de Dantzig au Reich.
2°) Le Corridor décidera lui-même de son appartenance à l’Allemagne ou à la Pologne.
3°) A cet effet,un plébiscite sera organisé au sein des populations concernées,
sous l’observation d’une commission internationale.
4°) Le port de Gdingen restera polonais.
8°) Si le Corridor revient à la Pologne,l’Allemagne obtiendra une voie
de communication exterritoriale d’une largeur d’un kilomètre qui le traversera.
Et réciproquement.
9°) Si le Corridor revient à l’Allemagne, celle-ci se déclare prête à effectuer,
dans la mesure du possible, un échange de populations.
14°) Les Allemands de Pologne et les Polonais d’Allemagne auront des droits
garantis par des conventions obligatoires.
(voir un document extrait du Livre blanc allemand (1940) sur l’histoire
des origines de la guerre : quelques-unes des seize propositions de Hitler :
De la poudre aux yeux ? Mais, encouragée par l’Angleterre et croyant l’Allemagne incapable de soutenir
une guerre, la Pologne refusa toute négociation.
Méprisante, elle attendit la fin d’après-midi du 31 août pour envoyer
son ambassadeur à Berlin ; il était juste chargé de s’enquérir de la teneur
des seize propositions (Ibid., pp. 178 et ss.).
Les manœuvres de l’Angleterre pendant ces trois journées tragiques suffisent
à réduire à néant le mythe des démocraties amoureuses de la paix.
Mais je sais qu’en face, on oppose une thèse selon laquelle les seize propositions
« n’étaient que sable jeté aux yeux du monde dans le but de le tromper,
et que le Gouvernement allemand lui-même n’avait jamais eu l’intention
de les prendre au sérieux ».
(Voy. Rapport définitif de sir Nevile Hendernson. Sur les circonstances qui
ont déterminé la fin de sa mission à Berlin. 20 septembre 1939
(Paris, 1939), p. 17, § 50).
Alors admettons. Oui, admettons que Hitler ait voulu se jouer du monde ;
admettons même que s’il était sincère, on ne résout pas une crise internationale
en exigeant qu’un plénipotentiaire vienne dans les 36 heures signer un accord
déjà écrit. L’ennui, pour les tenants de la thèse officielle, est que, jusqu’au bout, Hitler fut favorable aux négociations directes entre Puissances, dont la Pologne.
C’est l’Angleterre qui fit tout échouer, parce qu’elle voulait la guerre.
Cette vérité apparut lorsque le gouvernement de Sa Majesté torpilla l’ultime
offre de médiation italienne, les 31 août-1er et 2 septembre 1939.
LE TORPILLAGE DE L'ULTIME TENTATIVE DE MÉDIATIONComment l'Angleterre parvint à mondialiser le conflit
Le 1er septembre 1939,à l'aube, les troupes allemandes pénétrèrent
sur le territoire polonais. Pourtant, on aurait tort de croire que la paix rendit
alors son dernier soupir. Un conflit local venait certes d’éclater,
mais la paix mondiale était encore vivante. Pendant quatre jours,
suite à une initiative du ministre français des Affaires étrangères,
Benito Mussolini tenta désespérément de la sauver.
Genèse de la médiation italienne
Une initiative française
Tout commença le 27 août, lorsque le ministre français des Affaires étrangères, Georges Bonnet, pria M. Pol Le Tellier, ambassadeur belge à Paris,
« de demander à son gouvernement , on sait les liens de parenté qui uniss
[aient] la famille royale de Belgique à celle de l'Italie , de suggérer au Duce
l’initiative d’une proposition de conférence qui se tiendrait à Rome » (1, 48).
Cette demande fut exaucée. Des contacts furent établis et B. Mussolini accepta,
mais à une condition : que l’on donnât satisfaction à Hitler en rendant Dantzig
au Reich (première des seize propositions hitlériennes).
L’Angleterre peu favorable dès le départ. Le 31 août au matin, le ministre italien des Affaires étrangères,Galeazzo Ciano, téléphona à son homologue britannique Lord Halifax. II l'informa que le Duce
ne pouvait « intervenir au près de Hitler qu'à la condition de pouvoir lui offrir
un gage de taille : Dantzig » (2, 143). Après en avoir conféré avec ses pairs,
Lord Halifax répondit que la « suggestion concernant Dantzig ne par[aissait]
guère réalisable » (Id ; preuve que la Grande-Bretagne ne voulait pas entendre
parler des seize propositions : elle écartait déjà la première).
Mussolini propose l’organisation d’une conférence.
Malgré cette réponse négative, B. Mussolini ne renonça pas.
Il proposa l’organisation d’ « une conférence pour le 5 septembre, afin de
réviser les clauses du traite de Versailles ». G. Ciano soumit immédiatement
cette suggestion à plusieurs hautes personnalités étrangères. Bien que sceptique, André François-Poncet (ambassadeur français à Rome), accueillit la proposition
« avec satisfaction ». De son côté, sir Percy Loraine (ambassadeur britannique)
se déclara enthousiaste. Lord Halifax, pour sa part, se réserva de la soumettre
au Premier Ministre britannique, Arthur Neville Chamberlain. G. Ciano recommanda alors une « réponse urgente, car le temps press[ait] » (Id.).
La duplicité anglaise. A 13 h, A. François-Poncet téléphona à G. Bonnet pour l'informer de l'offre
italienne et pour lui demander « une réponse rapide » (3, I, 436).
L’Angleterre pose une condition pour que le projet italien échoue.
Quinze minutes plus tard, un événement capital se produisit, qui venait prouver
la volonté anglaise de torpiller la médiation italienne.
A 13 h 15, M. Corbin (ambassadeur français à Londres) téléphona à G. Bonnet.
Dans son Journal, celui-ci écrit :
"M.Corbin me téléphone de Londres.Le Premier ministre lui a dit qu'il avait reçu
la même offre de M. B. Mussolini ;il est prêt à accepter, mais une imposant
la condition nécessaire et préalable de la démobilisation des troupes dans
tous les pays. Il estime que cette condition ne sera pas acceptée par l'Allemagne
et qu'elle fera échouer le projet de conférence. "[3, I, 436].
Vous avez bien lu :Chamberlain posait une condition en sachant parfaitement
qu'elle entraînerait l'échec du projet italien !
La confirmation d’un ancien membre de l’ambassade de France à Londres.
Ce fait,effroyable, est confirmé par un membre de l'ambassade de France à Londres, M. Rochat. Dans son « Compte rendu des journées des 30 et 31 août,
1er et 2 septembre 1939 » il écrit :
[31 août :]
"J'ai été convoqué chez le Premier ministre [A. N. Chamberlain] à 1 heure.
Je l’ai trouvé en compagnie de Lord Halifax, de sir Alexander Cadogan et
de sir Horace Wilson. Lord Halifax m'explique qu'il vient d'être appelé au téléphone
par le comte Ciano. Celui-ci a dit que le moment était très grave,que la Pologne n'avait pas répondu [aux seize propositions allemandes pour la résolution pacifique
du différend germano-polonais] et que le chancelier Hitler pouvait décider
d'un instant à l'autre de déclencher les hostilités. Dans ces conditions,
M. Mussolini, agissant à titre personnel ( ?),songe à proposer la réunion d'une conférence le 5 septembre. Elle serait destinée à une « révision des clauses
du traité de Versailles, qui sont la cause des graves troubles actuels dans la vie
de l'Europe ». Si la France et l'Angleterre l'acceptent, M. Mussolini demanderait
à Hitler de l'accepter également.
Aucun détail n'a été donné sur la composition éventuelle de la Conférence,
et notamment sur les Puissances qui y participeraient." [3, II, 455].
Et voici le passage important :
Le gouvernement britannique est d'avis qu'il ne peut opposer une fin
de non-recevoir à une offre de solution pacifique mais, d'autre part,
qu'il ne peut être question de négocier sous la menace de la force.
La première idée de M. Chamberlain est donc de répondre qu'il ne peut
accepter la conférence que si elle est précédée d'une démobilisation générale.
« Cela suffira sans doute, ajoute le Premier ministre, pour la rendre impossible ».
Il est visible,dit-il aussi, quoi qu'on ne puisse savoir si l'offre a été ou non
concertée avec le Chancelier, que celui-ci cherche toujours a obtenir
ce qu'il veut sans combattre [3, II, 455].
Ce récit est capital pour deux raisons :
1°) il confirme qu’A. N. Chamberlain rejetait la proposition de paix italienne ;
2°) il démontre qu’en 1939,dans les cercles diplomatiques,on savait qu’Hitler
voulait régler pacifiquement le différend germano-polonais.
C’est l’Angleterre qui refusait tout solution à l’amiable.
C’est donc elle qui voulait la guerre. La suite, d’ailleurs, le confirmera…
Une falsification française. L'appel téléphonique de M. Corbin était si accusateur pour l'Angleterre que
les rédacteurs du
Livre Jaune Français,un ouvrage officiel publié peu
après le déclenchement des hostilités pour justifier la politique de la France,
n'ont pas hésité à en falsifier le contenu afin de le rendre anodin.
Dans l'annexe III (« Communication téléphoniques de M. Georges Bonnet,
ministre des Affaires étrangères, les 31 août, 1er et 2 septembre 1939 »)
on prétend que, lors de sa conversation téléphonique du 31 août à 13 h 15, l'ambassadeur français à Londres aurait uniquement demandé au ministre
de faire « connaître le plus rapidement possible la réponse française,
de manière que le Gouvernement français et le Gouvernement britannique
puissent confronter leurs points de vue » [4, 428].
Toute mention de la condition imaginée par les Anglais pour faire échouer
l’offre de médiation italienne a disparue (voir document ci-dessous).
Revenons toutefois à cette journée du 31 août 1939.
Le clan belliciste français soutient l’Angleterre.
Vers 13 h 15, G. Bonnet rencontra un membre important de la coterie belliciste,
Alexis Léger,Secrétaire général du Quai d'Orsay.
(Selon Paul Allard,Alexis Léger était « le chef occulte du complot contre la paix » (voy. P. Allard,
Les Provocateurs à la Guerre,
(Les Éditions de France,1941), p. 49).
Dans son Journal, le ministre écrit :
"Quand je parle de cette affaire à M. Léger, il me dit : « Nous y voilà.
C'était l'offre que nous attendions, elle constitue un piège dans lequel
il ne faut pas tomber ». Il me dit qu'il est partisan d'un refus immédiat.
Léger ajoute que c'est le dernier quart d'heure où il faut tenir.
Le tournant dramatique pour toute la politique française. « Hitler est à bout.
Et son ami Mussolini pour le sauver lui propose à la dernière minute
une conférence afin de lui éviter une retraite désastreuse » [3, I, 436].
Nous reconnaissons là un des principaux arguments développés par les bellicistes : toute attitude conciliante de la part de Hitler (ou de Mussolini) était
immédiatement analysée comme un signe de faiblesse qui devait conforter
les démocraties dans leur intransigeance. Il est évident qu’une telle politique
mène immanquablement à la guerre.
Daladier retourné par les bellicistes.
14 h : Daladier promet de réunir le Conseil
Quarante-cinq minutes plus tard,G. Bonnet se rendit chez Édouard Daladier
(alors Président du Conseil) qui finissait de déjeuner. Il lui expliqua l'affaire
et appela son attention sur la nécessité d'apporter une réponse urgente
à G. Ciano (3, I, 437). Bien que hostile, pour des raisons techniques,
au projet Italien,(« En ce qui concerne la question posée,il y voit, quant à lui,
de sérieuses objections. Il y a en France trois millions d'hommes sous les armes.
Dans les pays démocratiques, il est beaucoup plus difficile de rappeler les effectifs que dans les pays totalitaires. Si on procède à une démobilisation dans les conditions d'incertitude qui prévalent aujourd'hui, il pourrait devenir difficile de rappeler
ensuite les mêmes hommes sous les drapeaux » (3, II, 456).
Daladier promit qu'il réunirait le Conseil pour prendre
une décision (Id.).
15 h : Daladier est totalement opposé au projet italien.
A 15 h,cependant, le Président le Conseil se montra beaucoup plus intransigeant.
Dans un appel téléphonique à l'Ambassade de France à Londres, il se déclara
« absolument contraire à l'idée d'une conférence » et « entièrement opposé »
à la démobilisation préalable (Ibid., p. 456). De plus,l'homme d'État français
désirait rester en accord avec la ligne indiquée la veille aux Allemands :
« d'abord règlement direct avec la Pologne » (Id)[11].
Les raisons du retournement de Daladier.
Ce retournement subit s'explique quand on sait qu'entre 14 h et 15 h,
E. Daladier avait rencontré :
- 1°) le germanophobe Bullitt,ambassadeur à Paris, selon lequel :
« Il ne s'agi[ssait] plus de causer, mais de se battre » (1, 50) ;
- 2°) le général Gamelin qui lui avait dit « qu'on allait vers un nouveau Munich démolissant la Pologne si on acceptait une conférence » (3, I, 437).
L’Angleterre ne veut pas que le monde découvre son jeu.
Un aveu de taille
Le Cabinet anglais accueillit avec déception les déclarations du Président du Conseil. Non parce qu’elles compromettaient la paix;uniquement parce qu’elles étaient
trop franches et qu’elles révélaient ainsi la volonté des démocraties
de torpiller l’offre de paix italienne. A 15 h 45,M. Corbin téléphona et déclara :
Lord Halifax fait observer que le Gouvernement français est certainement
conscient du danger qu'il y aurait à avoir à présenter nos vues de manière
telle que les démocraties, qui ont toujours affiché leur volonté d'arriver
à un règlement pacifique du litige, aient l'air de rejeter une proposition
de solution pacifique [Ibid., p. 456].
Daladier ne comprend plus rien.
Ignorant ce qui se tramait dans la coulisse anglaise et la duplicité du gouvernement
de Sa Majesté, E.Daladier fut très étonné par cette réponse.
Ne comprenant plus rien,il téléphona à l'Ambassade de Londres et demanda :
"quelle [était] sur le fond la pensée britannique.Les Anglais souhait[ai]ent-ils
qu'une conférence se réunisse ou,au contraire,en [voyaient]-ils les dangers ? [Ibid., p. 457].
Nouvel aveu britannique.
M. Corbin lui fit alors cette réponse savoureuse qu'il résume ainsi :
"J'ai répondu en citant les propos mêmes qui m’[avaient] été tenus à la fin
de la matinée, et d'ou il ressort[ait] que M. Neville Chamberlain se rendait parfaitement compte de la manœuvre [comprenez :la manœuvre italienne
qui pouvait préserver la paix. (En 1945 à Nuremberg, l'Angleterre affirmera que l'offre italienne « offr[ait]
une chance de paix » (voy.
TMI, III,audience du 6 décembre 1945,p. 269).
"La seule réserve qui [avait] été faite (par Lord Halifax) tendait à ce que
la réponse destinée au comte Ciano fût libellée de façon à ce qu'on ne put
reprocher aux puissances démocratiques d'avoir écarté trop brutalement
une solution pacifique "[Id.]. C'était clair:la Grande-Bretagne refusait la suggestion italienne
mais elle voulait rédiger une réponse telle qu'elle n'endossât pas la responsabilité
du refus. Peut-on imaginer plus cynique ?
J’ignore quelle fut la réaction d’E. Daladier.
Quoi qu’il en soit,à 18 h débuta le Conseil des ministres.
La France ne ferme pas totalement la porte aux discussions
Les partisans de la médiation ouvrent le bal.
G. Bonnet exposa le premier son point de vue.En partisan de la paix,il demanda :
"
une réponse affirmative et immédiate [à l'offre italienne] en suggérant que la Pologne [fut] invitée et que la Conférence [eut] un caractère plus général pour examiner l'ensemble des problèmes nés de la guerre" [Ibid., p.437].
Deux membres importants de parti pour la paix prirent ensuite la parole :
Anatole de Monzie et Paul Marchandeau. R. Moulin écrit :
"L'un et l'autre appu[yèrent] leur collègue de toutes leurs forces.
Il [fallait] accepter sur le champ la proposition italienne,en réclamant
que la Pologne soit invitée." [1, 52.].
Les bellicistes veulent gagner du temps
.
Vinrent ensuite les bellicistes:Albert Sarraut,Jean Zay,Georges Mandel,
Paul Reynaud, Campinchi d'après lesquels la réponse du Gouvernement français,
celle que Rome désirait en urgence, devait... être « différée jusqu'au lendemain » (Id.).
E. Daladier prit ensuite la parole.Son point de vue était clair : l'offre italienne
était une « manœuvre qu'il import[ait] de déjouer » (3, I, 437).
Il fallait répondre au Duce que « des conversations [étaient] actuellement
en cours entre l'Allemagne et la Pologne » , ce qui était faux :
l’Allemagne attendait vainement la venue d’un plénipotentiaire ,
qu'il fallait les laisser se poursuivre et qu'en cas d'échec,
« une autre méthode pourrait être envisagée » (Id.).
De façon évidente, le Président du Conseil avait décidé d'agir comme l'Angleterre, c'est-à-dire refuser,sans en avoir l'air,la suggestion de B. Mussolini.
Coup de théâtre : un message affirme que Hitler est prêt à reculer.
Une vive discussion s'engagea alors entre partisans et adversaires de la paix.
Puis un coup de théâtre survint. Alors que le Conseil se déroulait,
une lettre de Georges Coulondre (ambassadeur français à Berlin) fut apportée
à E. Daladier. L'ambassadeur parlait « de l'incertitude et du flottement »
qui devait régner « dans les milieux dirigeants » allemands (4, 364, doc. n° 312.). D'après lui : « L'impression commen[çait] a se répandre dans la population
que le Reich n'[était] pas décidé à aller plus loin ».
Le Président du Conseil avait-il lui-même préparé ce coup de théâtre ?
R. Moulin répond par l'affirmative.
(« Cette note [de G. Coulondre], l'avait-il déjà en poche lorsqu'il est arrivé
à l'Elysée ? Ou bien a-t-il lu celle qu'un officier de service est venu lui apporter pendant le Conseil ? Peu importe les modalités de ce coup de théâtre
savamment préparé... » (1,55, n.1).
Dans son Journal, G. Bonnet n'aborde pas la question. Quoi qu'il en soit,
la missive de G. Coulondre renforçait sensiblement la position d’E. Daladier.
Apres l'avoir lue, celui-ci s'écria : « Tenir, tenir, tenir, tout est là dit en propres termes Coulondre » (3, I, 437).
Daladier fait triompher son point de vue.
La plupart des ministres,fortement impressionnés par l'opinion de l'ambassadeur
à Berlin,n'opposèrent aucune résistance.
A 21 h,ainsi, le Conseil arrêta sa décision.Celle-ci se résumait en trois points :
1°) Refus de démobiliser ;
2°) Poursuite des conversations directes entre l'Allemagne et la Pologne
avec choix d'une autre procédure en cas d'échec ;
3°) Accord au principe d'une conférence mais à deux conditions :
a) Que la Pologne soit invitée ;
b) Que le programme de la conférence soit élargi afin de pouvoir établir
une paix durable (3, II, 458).
E. Daladier était parvenu à faire triompher son point de vue.
D'après G. Bonnet, cette décision marquait « une grande résistance
à l'acceptation pure et simple de la proposition italienne » (3, I, 438).
En coulisse, l’Angleterre réaffirme son opposition formelle au projet italien.
Entre temps,deux événements importants étaient intervenus :
- à 18 h 15, Lord Halifax avait répété à Corbin que le Gouvernement britannique
« ne [voulait] pas d'un nouveau Munich » (3, II, 457) ;
- vers 20 h 30, Londres avait tout simplement coupé les communications téléphoniques avec l'Italie (2, 143).
Cette dernière initiative achevait de démontrer que,pour l’Angleterre,
il n’était plus question de discuter avec l’Italie pour tenter de sauver la paix.
Pour la Grande-Bretagne, il n’y avait désormais plus qu’une issue : la guerre.
C’est très probablement la raison pour laquelle, dans la nuit du 31 août
au 1er septembre, Hitler ordonna à ses armées de se mettre en marche.
Comme nous allons cependant le voir maintenant, le Chancelier était encore
prêt à stopper les opérations et à discuter.
La lutte de G. Bonnet
L’hypocrisie anglaise
A 9 heures, le 1er septembre 1939, G. Bonnet arriva au ministère de la Guerre.
Les armées allemandes s'étant mises en marche,la décision prise la veille par
le Conseil des Ministres (poursuites des négociations directes entre l’Allemagne
et la Pologne) était dépassée. Par conséquent, elle ne pouvait être communiquée
à l'Italie. Pour rétablir in extremis la paix, seul restait le projet d’une conférence.
Le ministre des Affaires étrangères chargea donc de la rédaction du télégramme
à envoyer au Duce. « J'indiqu[ais], écrit-il, à l'Italie que notre réponse [était] affirmative, sous condition que la Pologne soit invitée et que la Conférence
ait un caractère plus général » (3, I, 439).
Pour l’Angleterre, qui voulait rejeter, sans en avoir l’air, cette conférence,
l’invasion de la Pologne venait au bon moment. Dans la matinée,l’ambassadeur français à Londres indiqua que la réponse de l'Angleterre serait différente ;
tout en approuvant l'idée d'une conférence, le Cabinet britannique indiquerait
que « dans les circonstances actuelles, la Conférence leur par[aissait]
ne pas avoir de chance de réussite » (Id.).Vers 10 h 30,M.Corbin fut plus précis.
Lord Halifax venait de l'informer qu'il envisageait de répondre dans l'esprit suivant : bien qu'il eut apprécié l'initiative du Gouvernement italien et qu'il eut
« été heureux de l'examiner avec empressement et de la prendre en considération », « l'initiative prise par le Gouvernement allemand par[aissait]
de nature à rendre toute initiative, sur les lignes dont il s'agi[ssait],impossible»
(Ibid., p. 440). Dégoulinant d’hypocrisie !
G. Bonnet sauvegarde le projet italien…
A 11 h 08, le Gouvernement anglais autorisa la France à répondre comme
elle le souhaitait. De son côté, il répondrait comme l'avait indiqué M. Corbin (Id.).
Peu avant midi, G. Bonnet téléphona à A. François-Poncet les termes
de la réponse française. Apres avoir rendu un hommage à l'effort de paix italien,
le Gouvernement français déclarait:
Il [le Gouvernement] doit toutefois faire observer qu'à son avis une conférence
ne saurait évoquer les problèmes touchant aux intérêts de Puissances qui
n'y seraient pas représentées ; il ne saurait être disposé des intérêts
d'une Puissance hors la présence de cette puissance.
Le Gouvernement français estime qu'une telle conférence ne devrait pas
se borner à rechercher des solutions partielles et provisoires à des problèmes
limités et immédiats ; elle devrait, en évoquant l'ensemble des problèmes
à caractère général qui sont à l'origine de tout conflit, aboutir à un apaisement général permettant de rétablir et d'organiser sur des bases solides la paix
du monde [4, 378, doc. n° 327].
Cette réponse, positive, sauvegardait l'offre italienne. La condition portant
sur la recherche des solutions en vue d'obtenir un « apaisement général »
ne pouvait qu'enchanter Hitler. Certes, l'invitation de la Pologne s'annonçait
plus délicate, mais elle n'avait rien d'impossible.
… mais l’Angleterre se déclare prête à la guerre
A 12 h 15, cependant, le ciel s'obscurcit subitement. M. Corbin informa G. Bonnet
que l'ambassadeur polonais à Londres s'était rendu le matin au Foreign Office
pour prier l'Angleterre d'appliquer sa garantie,
( Le 25 août 1939, l’Angleterre avait signé avec la Pologne un accord d’assistance mutuelle automatique au cas où l’un des deux pays serait agressé
(voy.op. cit., p. 175).
c'est-à-dire d'entrer en guerre contre l'Allemagne. A titre personnel, Lord Halifax
avait répondu favorablement à cette demande.
( « le comte Raczynski a declaré que les événements lui paraissaient justifier l'application de la garantie britannique.Parlant à titre personnel,Lord Halifax
lui a répondu qu'à ses yeux, cela ne faisait aucun doute » (4,379, doc. n° 329).
Le danger apparaissait immédiatement : l'entrée en guerre de l'Angleterre
(et, donc,de la France) risquait de compromettre l'offre italienne
de Conférence. C'était certainement la raison pour laquelle Lord Halifax
avait répondu si rapidement à l'Ambassadeur polonais.
Grâce au bon vouloir de l’Italie,G. Bonnet lutte pour la paix
Pour G. Bonnet, il était nécessaire de retarder le plus possible cette éventuelle déclaration de guerre. Cette nécessité était d'autant plus grande qu'à 15 h,
A. François-Poncet lui avait téléphoné un message réconfortant :
après avoir reçu les réponses des Gouvernements français et anglais,
les autorités italiennes jugeaient que l'offre du Duce était encore réalisable.
( En vérité, la réponse anglaise était,comme l'avait prévenu M. Corbin, négative.
Il semble toutefois que B. Mussolini ait passé outre afin de tenter un suprême
effort pour sauver la paix)
En conséquence,elles estimaient que si la France : pouvait sonder le Gouvernement polonais pour connaître ses intentions
à cet égard et si celui-ci éventuellement acceptait la proposition italienne,
le Gouvernement de Rome pourrait faire une suprême tentative auprès de M. Hitler
[3, I, p. 441.].
L’Angleterre reste fidèle à sa ligne de conduite.
Tout n’était donc pas perdu et sans attendre,G. Bonnet téléphona à M. Corbin.
Apres lui avoir résumé le message d'A.François-Poncet et informé que la France allait « chercher à toucher toutes les autorités de Varsovie », il voulut être
certain que le « Gouvernement britannique [était] lui-même d'accord »
(3, 441 et 459). Un premier élément de réponse lui parvint à 15 h 48 :
d'après sir Eric Phipps, quelques heures auparavant, l'ambassadeur britannique
à Rome, parlant au nom de son gouvernement, avait déclaré que « celui-ci
n'estimait pas utile, étant donne les circonstances, de réunir une telle conférence», mais qu'il désirait connaître l'avis de B. Mussolini à ce sujet (Ibid., p. 442).
Sans surprise, l’Angleterre restait fidèle à sa ligne de conduite.
G. Bonnet s’adresse à Varsovie
.
Malgré cet élément peu encourageant, le Ministre français n'abandonna pas.
A 16 h, il parvint à joindre Léon Noël (ambassadeur de France à Varsovie).
Par téléphone, il lui demanda si la Pologne acceptait le projet d'une conférence
et l'informa que, « bien entendu »,cette conférence n'aurait pas lieu en cas
de refus (Id.).
L’Angleterre repousse le projet de médiation.
Dix minutes plus tard, M. Corbin renseigna G. Bonnet sur le sentiment anglais :
"Dans l'état actuel des choses [déclara-t-il en substance]
le Gouvernement [anglais] considérait qu'accepter le projet italien
serait « jeter de l'eau bénite sur un homme qui aurait la corde au cou ».
Ce projet n'[était] pas viable" [Id.].
La note franco-anglaise et la réponse allemande.
Une nouvelle fois,cependant,le Ministre ne se découragea pas.
Peu avant 17 h, il téléphona à A. François-Poncet. Apres l'avoir informé
qu'il ne pouvait encore joindre Varsovie mais qu'il s'en rapportait
« à ce qui sera[it] fait par le Gouvernement de Rome », il proposa
« que l'on tente de réunir une conférence » avec la possibilité d'aviser
« si on se heurt[ait] à des refus » (Ibid., p. 443).
La note franco-anglaise.
A 22 h,l'ambassadeur de France à Berlin remit à J. von Ribbentrop le texte suivant :
"De bonne heure ce matin,le Chancelier allemand a fait paraître une proclamation
à l'armée allemande qui indiquait clairement qu'il était sur le point d'attaquer
la Pologne.
Les informations parvenues au Gouvernement français et au Gouvernement
de Sa Majesté dans le Royaume-Uni que indiquent des troupes ont traversé
la frontière polonaise et que des attaques contre des villes polonaises sont en cours.
Dans ces conditions, il apparaît aux Gouvernements français et du Royaume-Uni,
que par son action le Gouvernement allemand a créé les conditions
(c'est-à-dire acte de force à caractère agressif contre la Pologne menaçant l'indépendance de ce pays) qui appelle l'accomplissement par les Gouvernements
de la France et du Royaume-Uni de leurs engagements à l'égard de la Pologne
de venir à son aide.
En conséquence, je dois informer Votre Excellence qu'à moins que
le Gouvernement allemand ne soit disposé à donner au Gouvernement français
des assurances satisfaisantes que le Gouvernement allemand a suspendu
toute action agressive contre la Pologne et est prêt à retirer promptement
ses forces du territoire polonais, le Gouvernement français remplira
sans hésitation ses obligations à l'égard de la Pologne "[...] [4, 390, doc. n° 345.].
La réponse allemande
Trente minutes auparavant,l'ambassadeur de Grande-Bretagne avait fait
la même communication.(Voy. sir N. Henderson, Rapport définitif…,p.22,§ 66).
Le ministre allemand des Affaires étrangères répondit :
"qu'il n'y avait pas d'agression allemande,mais que depuis des mois la Pologne
avait provoqué l'Allemagne. Ce n'était pas l'Allemagne qui avait mobilisé
contre la Pologne, mais la Pologne contre l'Allemagne. La veille, encore,
de vraies incursions de corps de troupes régulières et irrégulières avaient
eu lieu en territoire allemand" [5, 235, doc. n° 92.].
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